San José de la Ruta Mendoza

(période du 27 mai au 1er juin)

brett n'est pas sage

Après avoir retraversé la cordillère pour rejoindre l’Argentine à Villa La Angostura (où nous nous sommes régalés de pâtisseries… sommes-nous bien sages?), nous avons repris la route vers le nord pour atteindre San Martin des Andes. Au départ nous pensions nous rendre à San Carlos de Bariloche, à 100kms plus au sud, capitale du chocolat, mais ce détour de plusieurs jours ne s’imposait plus à nous comme une évidence, dans la mesure ou Villa la Angostura puis San Martin des Andes, jouent très bien leur rôle de cité montagnarde où le chocolat est roi.

laguna verde

Villa Angostura: laguna verde

Les 3 jours de pédalage sur la route des 7 lacs nous ont fait du bien car c’est certainement l’une des plus belles que nous ayons parcourue jusqu’à présent, avec notamment cette fabuleuse descente de 20kms vers San Martin, dans la brume.

lago espejo

Route des 7 lacs: lago espejo

laguna ceferino

Route des 7 lacs: laguna ceferino

cascadas vulignanco

Route des 7 lacs: cascadas vulignanco

lago correntoso

Route des 7 lacs: lago correntoso

san martin & lago lascar (2)

san martin & lago lascar (3)

Route des 7 lacs: lago Lascar & vue sur San Martin de los Andes

 

san martin & lago lascar (6)

san martin & lago lascar (1)


 

 

 

Route des 7 lacs: arrivée à San Martin de Los Andes

Nous voici donc arrivés dans cette charmante ville de montagne, au bord d’un lac, avec ses constructions en bois et son ambiance « sport d’hiver ». On y trouve de bons produits (même du camembert donc!) et on s’y balade avec plaisir même si les activités en ville sont limitées (pas grand-chose à visiter, exceptées quelques pâtisseries, oui encore!).

 

DSC_0252DSC_0254

IMG_4162

MAD se fait remarquer encore une fois, avec beaucoup de badauds curieux et amusés qui prennent des photos, qui nous demandent d’où l’on vient etc. Ils nous trouvent tous un peu « locos » évidemment mais nous encouragent et nous souhaitent bonne chance. Un vendeur de cacahuètes vient même spontanément nous offrir pralines et popcorn, que l’on partage avec un couple d’espagnol en vadrouille vers le sud eux. Il se fait tard et nous n’avons pas trouvé de logement, les plans couchsurfing/warmshowers (sites pour être hébergés gratuitement, basés sur la simple envie de partager) ne fonctionnent pas. On se dirige donc vers une petite auberge de jeunesse où l’on reçoit un super accueil. On se sent bien tout de suite, il y a peu de monde et on bénéficie d’une chambre dortoir pour nous tous seuls. On peut cuisiner dans l’espace commun où l’on échange quelques plans et anecdotes avec des voyageurs et la patronne. Ce genre d’étape fait beaucoup de bien puisque l’on peut cuisiner au chaud, prendre une bonne douche, se connecter au WIFI, faire des lessives, sécher la tente et les vêtements… Oui, car par ici, il pleut depuis un moment aussi !

 

DSC_0019

Le lendemain, il faut repartir, et notre plan est de rejoindre Mendoza (à 1300kms environ), le plus vite possible ! Il doit y faire un peu plus chaud, c’est le pays du vin et nous devons en outre parcourir presque 3000 kms en 1mois pour arriver en Bolivie début juillet (Pour l’instant, 2000kms environ en 2 mois). 2 solutions possibles : le stop ou le bus. Pour l’instant, le stop nous a plutôt porté chance, on opte donc pour cette solution dans un premier temps sachant que nous pourrons nous replier sur le bus si besoin. Nous sommes moins vernis cette fois. Après plusieurs heures de tentatives infructueuses à différents endroits « stratégiques » (sortie de ville, station service, entreprise de transports…), nous nous rendons à l’évidence : nous ne sortirons pas de San Martin en pick up ou autre véhicule capable de nous emmener, nous et notre cargaison ! Le froid commence à se faire sentir, on file donc à la gare routière pour attendre le bus… de nuit. C’est une solution qui nous plaît malgré tout, car bien que cela coûte un peu cher, cela nous permet de passer la nuit au chaud et d’avancer en dormant ! Le bus est par ailleurs super confortable, avec des sièges inclinables et des repose-pieds/mollets bien appréciables. Seul inconvénient : il nous emmène à Neuquén, à quelques 400 kms de là, une étape non prévue initialement et qui nous fait légèrement dévier de notre route. Mais pas le choix, il n’ y a pas de bus direct pour Mendoza.

Nous arrivons donc à Neuquén au petit matin, après une nuit un peu hachée, avec à nouveau 2 options : bus et stop. On opte de nouveau pour la seconde, en se donnant la journée et gardons le bus de nuit en solution de repli. Cette fois encore, il faut sortir de la ville pour jouer du pouce, et Neuquén étant la capitale de la province, ce ne sont pas moins de 25 kms de bouchons matinaux/autoroute/pluie/obscurité qu’il faut affronter pour rejoindre la route 151, l’axe qui mène au nord. On prend à peine le temps de déjeuner avant (on ne sait pas tout à fait ce qui nous attend à vrai dire!), en se disant qu’on va vite trouver la sortie et une station service pour se mettre au chaud, boire un café et se connecter (oui, on aime bien avoir de vos nouvelles et on se jette sur le wifi quand on le trouve!). A la première station service rencontrée sur le bon axe, on commence donc à demander à quelques chauffeurs, mais sans succès… Trop chargés, pas la bonne direction… On ne désespère pas cependant car certains nous disent qu’il y a beaucoup de camions ici et qu’on devrait trouver notre bonheur. Par contre, on n’a absolument pas envie de refaire le chemin inverse pour attraper le bus… Mais la station est plutôt bien placée, puisqu’un arrêt de bus se trouve en face, mais avec des fréquences moindres et pas le bus qu’on souhaitait prendre. On discute avec un chauffeur qui nous indique une autre station service, plus grande, à 5/6kms de là. On a repéré sur la carte une jonction entre la 151 et la route 7 (qui mène au nord aussi), mais qui nous éloigne toujours un peu plus de la solution alternative… On décide de filer quand même, ça nous fait du bien de pédaler même si les conditions sont vraiment moyennes (pluie, chaussée passante et peu de place pour se rabattre sur le côté au cas où). On se fabrique même un petit panneau « si on te gêne, emmène nous jusqu’à San Rafael » (ville au sud de Mendoza qui nous semble un objectif réalisable – 500kms environ). On ne sait pas si ça plaît ou non, mais on reçoit quelques coups de klaxons (certains sont clairement identifiables comme « encourageants », d’autres…) et des pouces levés. Finalement ce ne sont pas 6kms mais plutôt une petite vingtaine qui nous mène à la fameuse station ! C’est bien, au moins on aura fait nos 50 kms journaliers, raison de plus pour ne pas revenir en arrière !

Les gars de la station nous accueille avec le sourire, on discute un peu et ils nous confirment le passage de nombreux camions. D’ailleurs il y en a un qui est arrêté pour faire le plein (d’essence et d’eau chaude pour le Maté, boisson officielle des argentins et très prisées des chauffeurs, pour sa capacité à les tenir éveillés, et à couper l’appétit). Je cours lui demander son chemin, je ne comprends pas tout mais il veut m’aider c’est sûr ! C’est déjà ca… 🙂 A priori ce n’est pas sa route, il peut nous déposer 100kms plus loin mais là pour le coup, plus de bus et ça nous plaît moyen. Par contre, super cool, il nous donne une belle carte de l’Argentine, avec toutes les routes (bien pratique quand nos nouvelles technologies sont incapables de nous aider sans connexion) !

Ca booste le moral et il ne faut pas attendre longtemps pour qu’un autre camion arrive : José. Oui, je suis comme ça, pas de suspens, je vous dévoile son prénom tout de suite et vous annonce direct qu’il va rendre notre journée inoubliable ! José et son Tshirt rouge (il doit faire 5°C dehors) est donc là, il vient laver son pare-brise et recharger son thermos. Il est jeune et souriant, je suis sûr que ça va le faire. Je lui explique donc la situation, il rigole, me confirme qu’il va à Mendoza et qu’il peut nous déposer à San Rafaël (cette ville nous intéresse aussi pour les caves). Je souris alors aussi, bien content de me dire que l’attente est terminée. Par contre, José m’avertit qu’il ne sait pas quand on arrivera, mais certainement pas le jour même… petite déception… mais bon, l’occasion est là, et avec le bus on n’arriverait pas forcément plus tôt non plus. Il s’inquiète quand même pour le soir, nous demandant où nous couchons. Je lui dit qu’on a une tente, pas de soucis. Il me regarde avec de grands yeux mais je lui confirme : on monte ! Le temps de charger MAD et ses Madettes (oui, ca me vient comme ça, en écrivant, c’est pas mal, ça sonne mieux que « sacoche », non ?) et de bien arrimer tout ça (j’ai profité des moments d’attente pour réviser/apprendre quelques nœuds marins!), nous voilà partis pour un long périple en camion. Il est environ 13h. José nous met à l’aise, il est plutôt cool, partage son maté (et ses cacahuètes qui l’ « empêchent » de fumer- il en est à plus de 2 paquets par jour malgré le patch arachidique), nous dit de nous installer comme on veut etc.

IMG_4175

IMG_4174

On discute bien, même si la barrière de la langue engendre encore quelques incompréhensions, mais on progresse. Il nous explique qu’il a déjà beaucoup roulé le matin, qu’il dort peu (d’où le maté – et les feuilles de coca qu’il n’a pas sur lui ce-jour), mais que ça lui plaît. A aucun moment on ne se sent en insécurité, il est très prudent (« cuidado ») et roule « tranquilo ». Il a 29 ans, une femme et 4 enfants, qui vivent à presque 3000kms de là! Mais il ne les voit que peu : environ 7 jours tous les mois ou 2 mois…Malgré tout, il aime son métier et ne changerait pas ! Il s’ennuie même un peu à la maison et aime reprendre la route. Son rêve serait d’avoir son propre camion, mais dans lequel il pourrait transporter sa famille. Il s’amuse à nous raconter qu’il coupe parfois le signal de son portable pour ne pas se faire embêter par son patron (petite entreprise de transport de produits pétroliers de 3 employés). José croit énormément en Dieu : il s’est tiré d’un très grave accident (plusieurs tonneaux en camion…) sans blessure ou presque, il y a quelques années, un homme « sorti de nulle part » lui indiquant qu’il aurait dû mourir et qu’il doit sa vie à Dieu. Ainsi pour José, son existence est évidente, l’homme est une super machine qui fonctionne bien et que la science peut expliquer, réparer, mais c’est un robot si Dieu ne lui donne pas les sentiments, les pensées, les émotions… Ce qui rend chacun unique. On écoute avec attention cette analyse, José semble transporté. Outre ce sujet « sérieux », on plaisante un peu, on rit, le temps passe vite et on avance bien, sur une route que l’on n’aurait définitivement pas aimé faire en vélo (monotone, longues lignes droites, circulation…). La question du repas commence à se poser (on a seulement grignoté- en même temps c’est plus raisonnable vu les excès des derniers jours) et il nous demande si on cuisine. On répond que oui, qu’on aime ça et que c’est un des plaisirs du voyage. On lui propose de cuisiner ce soir pour partager le repas. Il a envie d’oeufs ! Ca tombe plutôt bien tiens ! Je lui explique les œufs meurettes, il me dit qu’il ne peut pas boire de vin (prudent on vous a dit), qu’à cela ne tienne, il y a plein de recettes possibles. Il appelle sa femme, lui raconte un peu qu’il nous transporte, nous la passe même au téléphone ! On se sent vraiment bien avec ce garçon.

Le coup de téléphone va changer un peu les plans… Sa femme lui a dit de cuisiner pour nous, et pas des œufs ! On ne cuisine pas des œufs à des invités, voyons ! On n’ en revient pas ! On lui dit que ça nous fait plaisir de cuisiner pour lui, que c’est notre « contribution » au voyage, etc. Il n’en démord pas. Il nous explique même qu’il ne veut pas nous laisser dormir dehors sous la tente, ça le choque vraiment. Il ne connaît pas l’existence du sac de couchage, et quand on lui parle de « bolsa de dormir » il nous regarde incrédule ! Ainsi, il nous invite à passer la nuit dans son camion. « Euh, pourquoi pas, mais c’est pas un petit peu petit pour 3 ? » «  Non, non, vous, vous dormez dans ma couchette, moi je me reposerai sur mon siège ». On refuse, on lui dit que notre tente nous va bien, qu’il n’a pas à s’inquiéter, et qu’il doit se reposer lui ! « Non, je serai offensé que vous refusiez… ». On est bouche-bée. Ce type qu’on ne connaît pas, avec qui on vient de passer seulement quelques petites heures, nous donne tout ce qu’il a. Il veille sur nous, un peu comme sur des enfants ;-). On a encore le temps de voir comment va s’organiser la soirée. On s’arrête pour faire quelques courses (il voulait encore tout payer…), puis on roulera encore une bonne 100aine de kms (1h30) pour s’arrêter manger. Grand moment encore, on découvre la cuisine « intégrée » au camion plutôt rustique ! A vrai dire, on a déjà vu ces petits coffres placés en dessous des remorques des poids lourds, dans lesquels les routiers ont l’habitude de transporter quelques provisions et de cuisiner. Mais on le découvre en vrai, tel un petit trésor.

IMG_4178

José se met alors à cuisiner, des entrecôtes (il voulait en acheter 6…) avec des tomates, du poivron des oignons… On lui prépare un petit Picoteo (apéro), avec du jambon, du fromage, mais sans vin ! José nous invite à manger dans la cabine, au chaud, on est reçu comme des rois, avec en guise de table… la porte de la boite à gants ! Lui se contente du volant…

IMG_4179IMG_4180

 

Même si la cuisson en « ragoût » n’est pas la plus appropriée pour cette pièce de viande, on se régale, mais une grosse entrecôte pour chacun est bien suffisante, sauf pour José qui n’a vraiment rien mangé depuis la veille, lui. Nous n’avons pas encore atteint San Rafael et nous sommes cette fois résignés à ne pas atteindre notre objectif dans la journée, pensant que l’on va stopper pour la nuit après le repas. Ce sera donc pour demain. Mais qu’importe, on vit un moment extra, et on se sent bien, prêt à prolonger le voyage pour une journée supplémentaire. C’est sans compter sur Super José, qui lui n’est pas si fatigué, il veut rouler encore après le repas, si on lui accorde une pause et qu’on recharge le maté ! Bien évidemment, rien ne nous presse, et on lui indique qu’il peut se reposer tant qu’il veut. Mais non, José a aussi envie d’avancer et nous propose de dormir pendant qu’il roule ! On veut lui tenir compagnie, alors on tient jusqu’à un peu plus de minuit, mais après plusieurs demandes de sa part, on finit par accepter sans remords, une petite cabane bien douillette nous attendant en haut de la cabine, pendant que le camion continue tranquilo sa route vers Mendoza (et non San Rafael comme prévu, notre destination ayant changé en cours de route, puisqu’on s’est aperçu que SR n’en valait peut être pas la peine et surtout que nous avions la possibilité de franchir les 300kms qui séparent les 2 villes avec notre ami argentin).

Au final, on dormira jusqu’au petit matin, le pauvre José n’arrivant pas à trouver le sommeil, inquiet de quelques camions parqués là où il a décidé de se reposer une ou 2 heures.

Nous voici donc arrivés à Mendoza plus rapidement que nous ne pouvions l’imaginer, en même temps que le bus mais à un prix bien plus compétitif : celui d’une rencontre géniale et d’un moment qui marquera nos esprits pour longtemps !

DSC_0040

On ne sait toujours pas si Dieu existe, mais San José était bel et bien là, tout comme notre petite étoile qui nous suit et nous sourit elle aussi !

 

IMG_4187

  2 comments for “San José de la Ruta Mendoza

  1. Lili
    13 juin 2016 at 10 h 10 min

    incroyable ce garçon!!quelle belle rencontre, c’est très émouvant et c’est ça qui fait tout le sens du voyage…

  2. marie louise Coki
    13 juin 2016 at 15 h 28 min

    une belle preuve que même si on possède peu, on peut partager beaucoup

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :