Essai grandeur nature: on pète le feu!

La semaine dernière, après plusieurs dizaines de kms d’essais divers, nous sortions pour la 1ère fois chargés en « véritables » conditions (à quelques objets près). Ce sont donc environ 36 kgs de bagages qui nous accompagnaient. Le but de cette sortie sur les bords de Loire était donc de tester notre attelage, les nouveaux duvets, notre capacité à rouler plusieurs heures d’affilée, etc.

Direction donc Monthou sur Bièvre, où habite un ex-collègue de Bertrand, chez qui nous avons rendez-vous pour le goûter. L’itinéraire prévoit 60kms. Nous connaissons plutôt bien la première partie qui nous mène de Beaugency à Mer en passant par Lestiou et Avaray, puisque nous avons déjà emprunté cette portion de la Loire à vélo un grand nombre de fois. Mais nous sommes particulièrement curieux de découvrir la suite du chemin !

Et nous ne sommes pas déçus : la Loire est un magnifique fleuve, refuge de biodiversité (nous y croisons donc bon nombre d’oiseaux), mais ce sont aussi de magnifiques villes ou villages au bord de l’eau, que nous n’apercevons pas en empruntant la route habituelle. On craque notamment sur Cours-sur-Loire et ses magnifiques maisons. Et Blois est toujours aussi belle:

700px-Blois_Loire_Panorama_-_July_2011

Le trajet se déroule sans encombre, nous sommes surpris de voir à quel point on roule facilement malgré le chargement. En fait, mis à part le lancement qui pompe pas mal de forces (alors on n’aime pas bien les stops !), une fois la vitesse acquise, ça roule impeccablement. C’est aussi l’occasion de tester autre chose que de la route goudronnée, car en Patagonie on aura plus souvent à faire à du ripio. L’entraînement est parfait sur un petit chemin plein d’ornières et de boue, à travers champs. On a réussi à garder la maîtrise du bolide sans réelle frayeur malgré quelques débuts de glissade.

Les 60,26 kms sont avalés en 3h25 (moyenne de 17,58 km/h) et nous arrivons à destination sans grosse fatigue (et sans réel mal aux fesses pour Bertrand, qui s’habitue bien au cuissard et à la selle). Une belle descente dans Les Montils, entamée avec grande prudence, nous permet d’atteindre une pointe de vitesse à 43,66km/h sur la fin ! On ne prend pas de risques, il serait ballot de se faire mal à 3 semaines du départ.

Le petit repos chez Franck arrive tout de même à point nommé avec l’envie de grignoter quelque chose. Puis c’est l’heure de remonter en selle pour aller trouver notre coin bivouac du soir. La température est fraîche (6/7°C environ), et nous ne voulons pas nous éterniser. A défaut du plan d’eau que Franck nous avait indiqué et que nous n’avons pas trouvé (nous n’avons pas beaucoup cherché), ce sera derrière un cimetière dans le coin d’un petit champ. On a connu mieux comme bivouac, mais ça fera l’affaire ! On a hâte de se préparer une bonne plâtrée de pâtes, qui va nous permettre de reconstituer nos forces. La tente est plantée, les matelas et duvets installés, il ne reste plus qu’à faire chauffer l’eau… Et là, c’est le drame ! Chargés comme nous sommes, nous avons tous les 2 oublié de quoi allumer le feu ! On se sent bien c… Pas un briquet, une allumette ou même la pierre à feu donnée par un copain. On a chargé sans faire de « check liste » (alors qu’on en a une…) et trop occupés à regarder comment tout allait tenir dans les sacoches on en oublie un essentiel… Pourtant on n’est pas novices en bivouac. On a même ausculté nos différents réchauds pour savoir lequel on emmènerait ce soir ! Il se fait tard mais peut être qu’on peut trouver un tabac dans le village. Laetitia se charge de la mission, mais revient bredouille. Pas âme qui vive dans les parages. Inutile d’en faire trop, on ne va tout de même pas mourir de faim car on avait prévu quelques accompagnements pour les pâtes (charcut., un peu de fromage, un quignon de pain…) et quelques douceurs pour le dessert. On se couche le ventre pas complètement rempli mais ça ne nous empêche pas de nous endormir paisiblement (ou presque). Seulement, dans notre sommeil profond, un cri venu de nulle part nous réveille en sursaut ! Ca court vite et ça s’éloigne aussi rapidement que c’est venu, mais le sanglier hurlant n’avait pas l’air bien content, en tout cas si on se fie à son cri ! On se rendort aussi sec mais on se rappelle combien la nuit en bivouac, chaque bruit apporte son lot de questions, amplifié par le silence des ténèbres. On dort plutôt bien malgré tout, et surtout on n’a pas froid du tout. Il n’a pas dû descendre sous zéro, mais c’est déjà une bonne indication.

Pas de petit déjeuner au réveil (sans feu, pas de thé), on replie bagages et nous voilà en selle à 7h30 du matin. Ca caille un peu mais on se réchauffe vite à pédaler. Les premiers mètres sont douloureux pour le postérieur, mais ça passe vite. Direction Chambord pour rentrer par un itinéraire un peu différent de la veille. Petite pause à Cellettes pour acheter les croissants du petit déj (qui font quand même beaucoup de bien après le frugal repas de la veille !), puis c’est reparti. On se sent moins en forme que la veille, les jambes sont plus lourdes mais on roule quand même. C’est toujours aussi agréable. On n’a pas d’objectif horaire, alors le temps semble suspendu, c’est une chouette sensation. Les pistes cyclables nous mènent à travers bois ou champs, on traverse un petit cours d’eau… Nous voici à Chambord, le majestueux château érigé par François 1er. On le connaît presque par cœur, mais une petite pause devant est toujours un régal.

Chambord

C’est le moment de repartir pour les derniers kms. Et ceux-là sont plus compliqués ! La cagnotte « j’ai mal au c.. » est prête à se remplir plusieurs fois, mais Bertrand prend sur lui, il ne faut pas se dépenser inutilement. Et la faim commence à se faire sentir, alors les longues lignes droites avec le vent en face sont longues, très longues. Petit arrêt express sur le marché de Saint Laurent pour y acheter le repas de midi qui sera la récompense aux efforts fournis ! Plus que 10kms qui paraissent bien longs, mais le soulagement d’arriver à la maison aide à tenir. Ce ne sera pas le cas à l’autre bout du monde ! Il faudra trouver d’autres motivations ! J

Ca y est, il est un peu plus de midi quand nous posons le pied à terre. 59,27 kms en 3h41 (moyenne honorable de 16 km/h malgré tout). Une bonne séance d’étirements et un repas digne de ce nom clôtureront ce petit périple d’entraînement, dont on retient les choses suivantes :

Points positifs :

  • Découverte des paysages à vélo, de routes qu’on ne connaissait pas. Ce mode de transport nous convient parfaitement pour cela
  • La maîtrise de l’engin chargé, le plaisir de pédaler, les efforts à deux dans les moments plus difficiles
  • La capacité de faire 120 kms en 2 jours, et surtout en un temps raisonnable, plutôt rassurant malgré une fatigue légitime. On se dit surtout qu’en pédalant 5 à 6h par jour, on devrait avancer à un rythme confortable qui nous permettra d’avoir du temps pour rêvasser, profiter… sans être trop pénible pour les muscles.
  • La douleur finalement très relative du postérieur… la cagnotte ne va pas se remplir si vite que prévu !

Points négatifs :

  • Evidemment l’oubli du briquet, mais on ne reproduira pas l’erreur ! La check -list est prête et elle sera vérifiée plusieurs fois avant le départ ! L’absence d’un « vrai » repas le soir nous a montré qu’on pouvait pédaler sur nos réserves, ce qui est un bon signe car il n’est pas improbable qu’on ne mange pas chaque repas à notre faim !
  • Quelques soucis « mécaniques » non bloquants mais quelque peu agaçants (réglage du guidon, du dérailleur…) qu’il faudra résoudre avant le départ.

boucle beaugency - Monthou

  7 comments for “Essai grandeur nature: on pète le feu!

  1. Agnès
    17 mars 2016 at 13 h 54 min

    Jolie ballade pour l’essai du tandem… C’est vrai que la Loire est un fleuve magnifique! Mais je suis sure que vous allez encore plus apprécier votre périple! C’est une super aventure et je vous suivrai avec plaisir sur ce blog! Ca me permettra de « voyager » moi aussi!! Gros bisous à vous 2. Et prenez bien soin de vous!!

  2. Lili
    17 mars 2016 at 19 h 07 min

    Merci pour ce superbe récit, l’exotisme et l’aventure sont déjà au rendez-vous!!
    En effet on apprend de ses erreurs (ou de ses oublis…), mais cela reste toujours constructif, la preuve!
    bravo pour ce premier périple! est ce que vous multipliez les gains par deux sachant qu’on a une PAIRE de fesses…?

    • Brettitia
      24 mars 2016 at 12 h 07 min

      L’idée de la cagnotte double est pas mauvaise, mais il faut trouver un équivalent pour Laetitia…!

  3. 23 mars 2016 at 18 h 24 min

    Vous imaginer dans ces derniers jours est joyeux. Bon préparatifs. Amitiés. Laurent

    • Brettitia
      24 mars 2016 at 12 h 09 min

      Merci pour ces pensées et celles transmises par nos parents, elles nous touchent! Amitiés, bises à tous les 3.

  4. jean coki
    25 avril 2016 at 16 h 14 min

    je n’avais pas pris connaissance de ce récit et donc de cette répétition avant la générale. La question, « se sont-ils entraînés avant le départ » m’a souvent été posée à laquelle je me contentais de répondre « un peu je crois »; mais sans parler d’entrainement c’était déjà un bon test!

    • Brettitia
      30 avril 2016 at 2 h 15 min

      Ca restait un test très primaire…
      Maintenant, nous nous essayons à d’autres types de revêtements, de climats et de dévivelés; mais il faut bien se lancer et ça vaut la peine..

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