Enchantés par El Chaltén

Nous quittons enfin El Calafate, le 11 avril, pour entamer la véritable aventure! Direction El Chaltén, capitale du trekking.

Au programme, 220 kms sur une partie de la mythique Ruta 40, le tout en 3 jours, sans ravitaillement possible!

Nous devions à l’origine nous rendre à Torres del Paine, plus au sud, mais nous devions pédaler 4/5 jours, sans être sûrs de pouvoir reprendre une autre route au nord pour remonter, et en payant un droit d’entrée assez excessif pour « visiter » le parc. Plusieurs personnes nous ont conseillé de profiter de la montagne plutôt à El Chaltén. Nous nous sommes donc décidés à mettre directement le cap vers le Nord!!

La ruta 40 est en très bon état sur cette portion, les premiers kms sont donc un régal, d’autant que la météo est plutôt clémente, voire radieuse par moment! On roule bien et vite, on croise assez peu de voitures ou de bus mais toujours autant de pouces levés ou de klaxons d’encouragements. On croise même quelques cyclistes, Richard un anglais en solo, un couple de Belges qui nous donnent quelques conseils. On fait des rencontres sympas, dont une « spéciale »: un pick up nous double, assez lentement puis on le voit s’arrêter au loin. Nous devons aussi nous arrêter pour enlever une couche de vêtement mais hésitons: nous arrêter de suite ou attendre de rejoindre la personne arrêtée. Au départ on ne voit pas ce que fait la personne, mais elle semble en position d’attente. On arrive à son niveau, c’est bien nous qu’elle attend, juste parce qu’elle trouve la « bicicleta muy linda » et qu’elle veut prendre une photo! On accepte avec plaisir, on papote un peu avec Monica donc, qui se rend à Tres lagos un peu plus au nord. Elle nous propose de nous prendre mais nous préférons faire la route, il fait beau, nous ne sommes pas pressés. Par contre, on se dit qu’à Tres Lagos, future étape, elle pourra peut être nous aider… C’est avec un grand sourire qu’on repart sur la route 40.

DSC_0078

Ici, plus de vaches ou de moutons mais plutôt des guanacos, tout aussi froussards que les pré-cités, ils sautent derrière leurs clôtures en nous apercevant à des kms… Oui, ici, c’est aussi le royaume des clôtures! Il y a peu d’estancias (fermes) au m², mais elles s’étendent sur des hectares de pampa (25000 à 60000 parfois!). Assez impressionnant. Et surtout, elles s’octroient le droit de privatiser les rios (rivières) ou lagos. En gros, il y a la route de 5m de large, 30 m de broussaille piquante de part et d’autre, puis les clôtures. Pas facile de dénicher un spot sympa pour le bivouac mais on y arrive toujours et le décor reste pas mal. Par contre, les matins sont difficiles, au chaud dans nos duvets il est compliqué d’en sortir, surtout quand le vent sévit dehors. Mais c’est en pédalant qu’on se réchauffe, alors on s’active pour plier bagages et repartir: Laëtitia range les duvets et la tente, pendant que Bertrand prépare le petit déj et empaquette les sacoches. Tetris revival!

Sur la ruta 40, il y a aussi des montées qui aident à nous réchauffer, et forcément quelques descentes qu’on s’applique à optimiser pour aménuiser nos efforts. On essaiera de vous poster une petite vidéo, avec une pointe à 58km/h! On reste très prudents cependant.

vers El chaltén (27)comp

Nous avalerons les 220kms en 3 jours (14h de pédalage et de nombreuses pauses photos, grignotage…) et nous arrivons à El Chaltén après 10kms de montée dantesque, contre le vent et dans le froid (limite petite pluie…). Le maillot à pois n’est pas loin!

BIENVENUS

El Chaltén est une jolie bourgade, mais qui au vu du nombre de constructions ressemblera vite à sa voisine El Calafate, une usine à touristes. Dommage!

el chaltén

On a entendu parler d’une casa de ciclistas, que l’on trouve facilement et où nous sommes accueillis par Florencia (et ses 3 fils et son compagnon). On y retrouve quelques voyageurs, plusieurs français. Ambiance conviviale dans une toute petite maison que Flore nous ouvre complètement, on a juste à planter la tente dans le jardin. Ici, le maître mot c’est partage. Alors on prend les repas ensemble le plus possible. C’est l’occasion d’échanger des expériences et conseils, et de goûter le fameux maté. Amer et fumé, ce n’est pas désagréable après quelques gorgées.

DSC_0030

On pensait ne faire qu’un ravitaillement à El Chaltén, voire une ou 2 randos, mais finalement, un couple de français nous invite à randonner sur plusieurs jours. On se dit que c’est une bonne idée, on reposera nos jambes plus tard. Au final, nous partons seulement tous les 2 (les autres ayant décidé d’un autre plan un peu ambitieux à notre goût), pour un trek de 3 jours et 3 nuits, vers le mont Fitz Roy et autres. On part peu avant la tombée de la nuit vers notre premier campement, le lac Capri.

DSC_0057DSC_0075DSC_0081 DSC_0088

DSC_0114

Le lendemain, nous partons pour une grosse rando, avec notamment une petite ascension de 2kms avec 400 m de dénivelé pour arriver à Laguna de los Tres, au pied du Fitz Roy (3407m, nous ne sommes qu’à 1500 environ, il fait déjà froid et le vent nous glace), qui reste pudique aujourd’hui, entouré d’un épais nuage.

DSC_0119 DSC_0127DSC_0154DSC_0189
DSC_0183DSC_0190DSC_0255DSC_0266

Le temps de déjeuner devant ce somptueux panorama à 360°, on redescend, les jambes bien fatiguées par cette longue journée (13 kms), au campamento Poincenot.

DSC_0081
Nuit plutôt fraîche, et au matin, jolie surprise, sur le haut de la tente, quelques flocons se sont déposés.

DSC_0354

On replie la tente avec les doigts qui brûlent mais la journée s’annonce prometteuse. On empreinte le chemin Madre y Hija, en foulant les premiers ce doux manteau blanc. Ca neige de plus en plus, mais les paysages sont sublimés par ce mélange de couleurs d’automne et d’hiver. La marche nous réchauffe et nous prenons un réel plaisir à entendre craquer sous nos semelles l’épaisse poudreuse tout en contemplant ce qui nous entoure. Quelques rafales réveillent nos sens et nous font sentir bien vivant dans ce rêve éveillé. Par chance, elles sont dans notre dos!

DSC_0346DSC_0350DSC_0349

DSC_0367DSC_0368

On croise enfin quelques marcheurs qui brisent notre sentiment de solitude (et nous gâchent notre plaisir de fouler la neige vierge, mais nous en avons bien profiter pendant au moins 2h!). On arrive à notre dernier campement où malheureusement la neige a laissé place à la pluie, bien moins agréable. On se réfugie vite sous notre toile de tente, le temps de reprendre des forces et de se réchauffer. Puis, en fin de journée, ascension à Laguna Torre, où le vent souffle toujours, mais sans la pluie. Nous découvrons un nouveau glacier et son lac.

DSC_0395

DSC_0400

Le lendemain, c’est un ciel bleu qui nous réveille et nous redescendons vers El Chaltén et la casa de Flore.

DSC_0426DSC_0452

On y retrouve nos copains qui ont finalement du rebrousser chemin à cause de la neige. Nous avons finalement opté pour la bonne option (45kms de rando en 3 jours quand même!) et ce jour sera consacré au farniente, et un peu de logistique.

Una cena (dîner) partagé avec Flore et sa famille, une nuit reposante et nous reprenons notre fidèle monture pour nous diriger vers le Lago del Desierto avec quelques autres points d’intérêts en chemin (cascades…).

ruta 41 DSC_0005 (8)

Au programme, un AR de 74kms sur du ripio (graviers, ornières…), dont les premiers kms nous éprouvent assez sérieusement. Il faut dire que le vent (encore de la partie) et la pluie ne nous rendent pas la tâche facile. Le soir, difficile de trouver un coin pour bivouaquer, tout est privé, ou peu accueillant pour poser une tente… La pluie redouble, et devant la Capilla Virgen de Loreto nous n’hésitons plus longtemps à nous y abriter…pour la nuit. Elle est minuscule et on se fait aussi petits que possibles pour respecter le lieu, en pensant à nos amies les Ursulines qui nous pardonneront sûrement cette « intrusion ».

ruta 41 DSC_0005 (64)

On prend chacun le temps de méditer, se recueillir. C’est un moment très particulier, à la fois à la recherche du calme et de la paix intérieure, et stressés de se faire chasser du lieu! La nuit bien tombée on se sent plus à l’aise, mais nous nous lèverons très tôt pour ne pas « déranger » plus. On part donc à l’ascension d’une petite montagne à la recherche du glacier Huemul (cerf, animal hyper protégé dans le parc parce que rare… On pourrait leur en filer quelques uns de Chambord contre 2 ou 3 guanacos, ce serait marrant). Au départ le sentier est « privé » mais personne ne se montre, alors on entame la balade. La vue en haut est magnifique, un énième glacier et son lac nous direz-vous, mais on ne s’en lasse pas! Et d’en haut, la montagne est vraiment belle avec toutes ces couleurs.

ruta 41 DSC_0005 (45)

ruta 41 DSC_0005 (29)
ruta 41 DSC_0005 (40)

On redescend par un chemin non balisé, un peu d’aventure ne fait pas de mal, avec en prime les 2 pieds dans une grosse flaque cachée par la mousse pour Bertrand! Arrivés en bas où nous attend Mad, il nous reste à revenir à El Chaltén par cette route en ripio, mais cette fois le soleil, bien qu’un peu timide, nous accompagne une bonne partie du trajet et aide à faire sécher chaussettes et chaussures. Le retour nous parait bien facile par rapport à l’aller, on roule bien mais les secousses ne sont pas toujours très agréables.

ruta 41 DSC_0005 (69)ruta 41 DSC_0005 (68)

ruta 41 DSC_0005 (76) Retour à El Chaltén en début d’aprem où nous attendent quelques formalités logistiques, qui n’en seront pas au final: plus de cash au seul distributeur de la ville, impossible donc de faire des courses, difficile de trouver un endroit avec wifi… bref, on a l’impression de perdre notre temps et d’être bloqués pour pas grand chose au final. On arrive finalement à trouver un bar sympa où le wifi nous permet de mettre à jour l’article précédent et donner quelques nouvelles. Le soir, nous nous offrons notre premier vrai resto, au menu : locro (espèce de soupe de légumes, haricots, avec des morceaux de viande), plutôt pas mal et réconfortant. Bivouac en périphérie de la ville dans un endroit calme et abrité.

Le lendemain, il faut vraiment qu’on fasse nos courses pour se ravitailler au moins 5 jours puisque c’est ce qui nous attend avant de rallier une autre grande ville. Toujours pas d’argent à la banque, on patiente en faisant une petite révision du vélo. On repart à la recherche d’un endroit plus chaud, et là, sorte de miracle, Monica! Heureuse surprise donc, elle vient à El Chaltén pour manger avec des amis (elle s’y rend sinon pour pas mal d’affaires administratives, la banque aussi… puisqu’à Tres Lagos où elle vit, à 120kms, il n’y a pas toutes les commodités). Elle montre notre vélo à ses amis qui le voient en vrai après la photo et surtout, chance inouïe, nous propose de nous déposer à Tres Lagos le soir même! Nous acceptons volontiers, puisque nous n’avions pas envie de refaire en sens inverse cette partie de route peu intéressante (et nous redoutions surtout la terrible montée que nous avions descendu en 3 minutes- c’est long 3 minutes de descente!). On passe donc une partie de la journée à terminer nos courses (on arrive enfin à retirer des sous!) et à wifiter! Petits veinards que vous êtes, on va presque être à jour en temps réel! Le tandem arnaché dans le coffre, le trajet se passe vite et est bien agréable, Monica et son ami Ricardo sont sympas et finissent par nous déposer au camping du village, où nous passons donc la nuit après une bonne douche et une dernière connexion wifi cette fois pour de bon!

DSC_0006DSC_0001

Ces quelques jours passés aux environs d’El Chaltén nous ont ravis, les quelques petites épreuves endurées nous semblent bien futiles par rapport à la richesse des paysages contemplés et des rencontres effectuées. Cela nous encourage pour la suite, et il va en falloir, car dès demain, on attaque 174kms de ripio, sans ravitaillement!

  2 comments for “Enchantés par El Chaltén

  1. jb remy
    1 mai 2016 at 17 h 36 min

    çà a l’air féerique, mais le capitalisme règne en maître là-bas aussi.
    ce doit être frustrant de faire de la route dans des endroits superbes ,… bordés de barbelés.
    on a connu çà en ecosse ou en norvège: des km de désert .. et de barbelés
    enfin, çà doit valoir le détour

    petite explication technique: à quel poids êtes-vous chargés; et que faîtes-vous pour la sécu du vélo lorsque vous randonnez?

    en tous cas, bienvenue au chili, sans trop de vent nous espérons
    on vous souhaite tout le bonheur possible dans ces grands espaces
    j’ai rencontré votre locataire, elle a l’air heureuse chez vous..
    amicalement

    • Brettitia
      3 mai 2016 at 1 h 24 min

      Le vélo est lourd à arracher de la route (surtout dans les montées) puisqu’il doit peser entre 60 à 80 kg de charge (sans compter le poids du pilote, du co-pilote.. Et l’âge du capitaine!!). Lors de nos randonnées en montagne nous avons pu laisser le bolide et quelques sacoches à la »Casa de cilistas » (maison ouverte aux cyclistes de passage) où nous avions passé une nuit de camping et qui a accepté de garder le vélo dans leur jardin (loin des yeux des curieux..). Par ailleurs, nous ne ressentons aucune insécurité ou malveillance là où nous avons roulé ou marché… Mais nous restons prudents!! Pas besoin de chercher le mal. Le Chili nous sourit: peu de vent comparé à celui présent en Argentine et même si le froid sévit lorsque le soleil n’est plus à l’horizon; le soleil reste bien présent et nous réchauffe la journée. Ravis de savoir que notre locataire jouisse de notre home sweet home (nous l’avons conçue pour ca!!). On vous embrasse et nous vous souhaitons une bonne évasion et de bons souvenirs pour votre voyage à New York (si non déjà effectué; difficile de garder une bonne mémoire des dates dans le cadre de notre périple!!) Amitiés.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :