Chili sin carne *

Nous vous avions laissés à Tres Lagos, avec pour objectif de rejoindre le Chili au plus vite, l’hiver s’installant bel et bien dans ces régions australes. Nous y sommes arrivés, ce mercredi 27 avril, peu avant la tombée de la nuit (c’est à dire vers 17h15, la nuit tombant à 18h30/19h) et avons roulé encore une bonne dizaine de kms avant de trouver notre spot bivouac, au bord d’une rivière. Que s’est-il passé entre temps ?

Toujours sur la ruta 40, nous avons connu diverses fortunes, notamment sur l’état de ladite route ou sur les conditions de roulage. Une 1ère étape que nous attendions en ripio, s’est finalement avérée être pour grande partie en asphalte bien propre ! Soulagement de très courte durée car dès les premiers kms, c’est le vent qui fait son apparition, et de face qui plus est ! Jusqu’à présent, nous avions été plus ou moins épargnés et on avait plutôt eu droit à des échantillons… Là on semble collés à la route, même dans les descentes on est obligé de pédaler pour avoir un semblant d’allure. Quant aux montées, assez nombreuses, il faut lutter pour ne pas être déséquilibré.

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Ca annonce la couleur!

On avance malgré tout et le ripio fera son apparition au bout d’une quarantaine de kms, nous en avalerons une dizaine le soir même. Le moral en prend un coup, on se dit que ça va être dur, mais nous ne sommes pas tout à fait au bout de notre peine (voire même au début, on a à peine commencé le voyage finalement!). Le lendemain, on se réveille d’une nuit bien reposante mais avec encore moins l’envie de sortir des confortables duvets pour affronter la route qui nous attend… On se motive et on se fixe comme objectif de terminer cette partie de ripio dans la journée, soit 60kms ! Les premiers coups de pédale sont douloureux, mais notre allure est bonne et le profil de la route assez favorable (pas mal de belles descentes, même sur ripio c’est toujours reposant-tout dépend du ripio, mais on va vous faire un topo là-dessus car on devient spécialistes). Bref, ça roule, et non contents d’avoir avalé nos 60 bornes, on poussera ce soir là à 82kms pour notre plus grosse étape jusqu’ici (et une jolie pointe de vitesse à … 69km/h!).

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Soulagement en voyant de nouveau l’asphalte…

Il ne nous reste plus que 45 kms pour rallier Gobernador Gregores (ville étape/ravitaillement) le lendemain, ce que nous ferons dans la matinée pour profiter d’une après-midi relâche/logistique. On s’éloignera encore de 15kms le soir pour bivouaquer.

La prochaine étape se nomme Bajo Caracoles, minuscule pueblo de 10 casas, avec juste de quoi se ravitailler en eau, à 4 jours de pédalage. C’est là qu’on choisira notre route pour le Chili. On a donc ravitaillé pour 7/8 jours, ne sachant ce qu’on trouvera exactement sur la route, le chargement est donc optimal et optimisé.

Finalement, après une bonne quinzaine de kms sur la longue et monotone ruta 40, on se dit qu’un ptit coup de pouce ne ferait pas de mal et qu’on serait content de rallier Bajo au plus vite. 5 minutes plus tard, armés de notre plus beau sourire, un pick up s’arrête pour nous déposer 100 kms plus loin (une broutille pour eux, vu les distances entre chaque « ville »- 230 kms ici). On ne verra pas passer cette heure, la discussion est agréable malgré notre espagnol encore très perfectible. On ne regrette pas notre choix, surtout dans la très très très très longue ligne droite, 25kms au bas mot, au demeurant magnifique, avec vue sur la Cordillère (le genre de ligne droite un peu frustrant à vélo, où tu ne vois que le même panorama toute la journée, et la fâcheuse impression de faire du sur-place).

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Bref, on avance et avec une après-midi devant nous encore, on avance de 50kms de plus, en pédalant cette fois ! On gagne presque 2 jours sur notre planning.

A Bajo Caracolès, plusieurs options s’offrent à nous pour nous rendre au Chili :

1. Continuer sur la ruta 40, asphaltée, au nord, jusqu’à Perito Moreno (la ville, pas le glacier!), puis tirer vers l’ouest vers Chile Chico, par là où passent tous les camions (augmentant notre chance de faire du stop). Et arriver ainsi au milieu de la Carretera austral, notre plan initial.

2. Aller directement à l’ouest, par la ruta 39 en ripio, et arriver au Chili un peu plus au sud que prévu, à Cochrane, pour profiter plus de la carretera et de ses paysages, et ainsi s’affranchir de nombreux kms sur la ruta 40 devenue monotone.

On choisit l’option 2, mais un carabiniero chilien (policier) hyper serviable, auprès duquel nous demandons conseil, nous prévient qu’une partie de la route est inondée, et qu’il vaut mieux passer par la ruta 41, en moins bon état globalement que la 39 mais praticable… 3ème option ! Ca nous plait, on arrive au même point (Cochrane) et c’est même plus court (en kms). On fonce à la sortie de Bajo, sur la route encore revêtue de bitume pour rejoindre 10kms plus loin, l’intersection entre rutas 40 y 41. Le ripio nous attend…et il nous casse dans notre élan !

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Les 20 premiers kms sont difficiles. Très sablonneux. Le vélo s’enfonce et on a du mal à avancer. Mais les paysages sont grandioses. Et la route totalement déserte (on n’y croisera que 2/3 voitures par jour). Seules quelques estancias apparaissent luxuriantes au détour d’un virage, au bord d’un lac, derrière une montagne… tels des oasis en plein désert. On en prend plein les mirettes, on oxygène nos poumons ! Mais on en a plein les gambettes, et on perd des boulons… Premiers incidents techniques qui surviennent, notre fidèle Mad étant un peu malmené par le ripio, mais nous en prenons soin et restons vigilants. Rien de grave pour l’instant.

Egalement, les nuits se rafraichissent sérieusement (il va jusqu’à geler dans la tente, la condensation se transformant en glace!), mais nous sommes bien équipés et sommes bien au chaud dans nos duvets. C’est simplement de plus en plus difficile de sortir de notre petit cocon le matin, d’autant qu’une opération dégivrage s’impose à chaque fois.

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Les gros gants et chaussettes achetés quelques jours auparavant en prévision, s’avèrent bien utiles. Mais notre réchaud commence lui à faire des siennes.

On passera 3 jours et 3 nuits sur cette splendide route (que nous recommandons vivement, mais pas en vélo), avant d’atteindre le poste frontière côté argentin.

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La question se pose alors : que fait-on de nos denrées ? En effet, nous avons été plus rapides que prévu malgré les difficultés, et on se retrouve avec un bon stock de provisions. Or, il est interdit de passer la frontière vers le Chili, avec des produits frais, non emballés, ou ouverts… On ne connaît pas la raison exacte, probablement sanitaire, mais on a déjà vu un touriste se faire déposséder de son concombre et de quelques bananes !!! Et quand on sait l’importance que revêtent pour nous l’alimentation et le plaisir qu’on éprouve à chaque repas (à chaque en-cas même ! – on écrira un truc là-dessus aussi, sur nos découvertes culinaires, les repas en bivouac…)… Ca nous embête donc pas mal car on ne veut rien jeter, et certains produits bien utiles (assaisonnement par ex…) ne sont pas faciles à trouver. Alors on imagine en cacher un peu (dans le duvet, les chaussettes… on peut vous dire que dans ces situations, on redouble d’ingéniosité, même si on imagine bien que nos planques sont certainement connues!), espérant une fouille express (voire pas!), on cuisine nos restes et on n’ouvre rien de neuf !

Arrivés aux postes, argentin d’abord, puis chilien 15 kms après, pas de fouille, pas de questions sur la nourriture… Un simple coup de tampon, un formulaire à remplir pour dire qu’on compte rester moins de 3 mois (pas de preuve exigée!) et hop, nous voici en règle. Tant de mal pour ça ?

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On se dit au moins qu’on va pouvoir bien manger les prochains jours ! Et il le faudra, car la route, bien qu’un peu plus praticable côté chilien, reste difficile.

DSC_0092Les jolis moutons chiliens et leur laine fournie!

DSC_0111Arrêt technique et/ou en-cas?!DSC_0100

Pas mal les bivouacs?!DSC_0115DSC_0116

Nous sommes pressés d’arriver à Cochrane pour nous reposer, et c’est au prix d’un dernier effort épuisant et d’une étape marathonienne (73 kms dont les 17 derniers en fort dénivelé positif, 5h30 de pédalage, notre maxi) qu’on arrivera dans la jolie petite ville perchée de la carretera austral !

cochrane

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Nous voilà enfin sur ce fameux itinéraire tant prisé des cyclotouristes. Et pour fêter cela, on mangera 2 énormes saucisses avec des papas (patates), dans la cuisine surchauffée, mais néanmoins bien appréciable, de la sympathique Pati, chez qui nous louons une chambre. Nous passerons 2 nuits dans ce charmant lieu, afin de nous requinquer et d’attaquer la carretera en pleine forme !

*Note : le Chili con carne (Chili avec viande), n’a rien de mexicain ou de chilien puisque c’est un plat… texan ! Le chili désigne un mélange d’épices, dont du piment (wikipédia).

  4 comments for “Chili sin carne *

  1. marie odile ursuline
    23 mai 2016 at 21 h 04 min

    Merci, les voisins de la rue Porte Tavers parlent de vous t, Claude et Anne sont des « accrochées », merci de ce qui peut être partagé, avez-vous un compteur de coup de pédales? Les phots disent un peu de ce que vous vivez. Gardez au cœurs ce que vous recevez et donnez, . Salut au Chili Marie OdiliaJ

    • Brettitia
      23 mai 2016 at 22 h 50 min

      Nous avons un compteur de km et, en ce jour (23 mai), celui-ci affiche 1740 km effectués en Amérique du Sud.. Ce chiffre va augmenter dès demain; nous reprenons la route pour retourner vers l’Argentine (si tout va bien) après quelques jours d’immersion dans les coteaux de Trumao au Chili. Nous avons plaisir à vivre des moments partagés qui nous réchauffent le cœur et nous pousse à donner et recevoir encore… je pense que le partage est une composante pour s’offrir du bonheur!!
      Nous saluons et embrassons la commune de Beaugency et les fidèles lecteurs!! Merci de nous suivre et de nous encourager dans cette belle aventure.

  2. 23 mai 2016 at 23 h 43 min

    Bertrand, Letitia. J´espere que tout se passe bien en votre voyage!
    Gabriela et moi vous suhaite bonne chance!
    A bientot!

    • Brettitia
      27 mai 2016 at 0 h 14 min

      Hola Gabriela y Jorge! Merci pour ces pensées. Tout se passe plutôt bien; il y a des bonnes surprises et des moins bonnes mais c’est l’aventure!! C’est que l’on voulait! Nous espérons que tout va pour le mieux pour vous; et que nous aurons l’occasion de garder contact et de se revoir (le monde est petit!!) En tous cas, si vous revenez en France; prévoyez de passer par Beaugency pour quelques jours; nous serons ravis de vous y accueillir et de vous faire découvrir notre belle région. A bientôt! Abrazo

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